Le tourisme durable est aujourd’hui au cœur des préoccupations du secteur touristique. La nouvelle législation européenne incite d’ailleurs les entreprises à être beaucoup plus attentives à l’utilisation de termes comme « vert », « écologique » ou « durable ». C’est une excellente chose. La transparence permet aux voyageurs, aux professionnels et à l’ensemble des acteurs du tourisme de prendre des décisions plus éclairées et SURTOUT d’éviter le green-washing…
Mais si ces nouvelles règles mettent principalement l’accent sur les arguments environnementaux, une question mérite d’être posée : à quoi ressemble réellement le tourisme durable ?
Ne devrait-on pas élargir le débat au-delà de notre seule empreinte écologique et prendre également en compte les personnes, les communautés et les entreprises qui rendent cette nouvelle forme de tourisme possible ?
Le tourisme durable ne se limite pas à l’écologie
L’Afrique constitue un exemple particulièrement intéressant. Sur le continent, le développement durable dans le tourisme n’est plus un concept marginal : il fait désormais partie intégrante de l’activité touristique.
Presque tous les lodges, organisateurs de safaris et entreprises touristiques locales peuvent aujourd’hui présenter leurs initiatives en matière de :
- conservation de la nature et de la biodiversité ;
- utilisation de l’énergie solaire ;
- réduction et gestion de la consommation d’eau ;
- recyclage et réduction des déchets ;
- diminution de l’utilisation du plastique ;
- soutien aux communautés locales ;
- développement de projets de conservation communautaire.
Le secteur touristique a ainsi pleinement assumé sa responsabilité dans la protection de l’environnement, de la faune et des cultures auxquels les voyageurs sont confrontés. Ces avancées sont importantes et méritent d’être reconnues.
Mais n’avons-nous pas, volontairement ou involontairement, quelque peu restreint la définition du tourisme durable ?
Trois piliers indissociables du tourisme durable
Le développement durable est progressivement devenu presque synonyme d’écologie. Pourtant, sa définition est beaucoup plus large.
Le tourisme durable repose sur trois piliers d’égale importance :
- La protection de l’environnement et de la biodiversité.
- Le soutien actif aux populations et aux communautés locales.
- La création d’entreprises touristiques économiquement viables.
Si les deux premiers piliers sont désormais largement reconnus, le troisième est encore trop souvent négligé.
Pourtant, il constitue le socle permettant aux deux autres de perdurer dans le temps.
La viabilité économique, un pilier oublié du tourisme durable
De nombreuses agences réceptives, entreprises locales, lodges et opérateurs touristiques jouent pleinement le jeu du tourisme responsable.
Ils emploient du personnel local, s’approvisionnent auprès de fournisseurs de leur région et soutiennent ou développent des projets de conservation communautaire.
Ils contribuent ainsi directement à l’économie locale tout en créant des expériences touristiques authentiques et fortes pour les voyageurs.
Mais malgré tous ces efforts, ces entreprises sont soumises à une pression financière croissante, car elles doivent aussi être rentables.
Des entreprises sous pression
Lorsque les coûts augmentent alors que les tarifs proposés sur le marché sont censés rester bas, il est inévitable que quelque chose finisse par céder.
Trop souvent, c’est l’investissement dans les ressources humaines qui en fait les frais.
La formation des employés est reportée. Les salaires n’augmentent pas aussi rapidement qu’ils le devraient. La maintenance est retardée. Les projets de conservation et d’engagement communautaire bénéficient de moins de soutien.
Ce ne sont pas nécessairement des choix que les chefs d’entreprise souhaitent faire.
C’est plutôt la réalité d’une gestion disposant de marges de manœuvre trop limitées pour permettre un véritable réinvestissement.
Une tarification équitable pour un tourisme réellement responsable
Une tarification équitable ne devrait pas nécessairement signifier rendre les voyages plus chers.
Elle devrait avant tout permettre de reconnaître la véritable valeur du travail des personnes qui rendent l’expérience touristique possible.
Cela signifie que les guides, les chefs, le personnel d’entretien, les chauffeurs ou encore les agents de maintenance puissent bénéficier d’une rémunération juste, construire une carrière enrichissante et continuer à partager leurs connaissances, leur culture et leur passion avec les voyageurs.
Investir dans les personnes pour préserver les destinations
Cette approche permet également aux petites entreprises touristiques de conserver leur personnel expérimenté.
Elle leur donne les moyens :
- d’investir dans la formation et les compétences ;
- de maintenir des emplois locaux de qualité ;
- de soutenir davantage les communautés ;
- de préserver leurs infrastructures ;
- de renforcer les projets de conservation ;
- et, à terme, de protéger les paysages et les écosystèmes qui font la richesse de leurs destinations.
Le tourisme responsable ne peut donc pas être réduit à la seule empreinte écologique laissée par un voyageur.
Il doit également prendre en compte la pérennité des activités des personnes et des entreprises qui rendent ces expériences possibles, aujourd’hui comme dans dix, vingt ans ou davantage.
Sans entreprises viables, que restera-t-il à préserver ?
Sans entreprises touristiques économiquement viables, il reste finalement bien peu de choses à préserver.
Lorsque les structures locales disparaissent ou ne disposent plus des moyens nécessaires pour investir, ce sont aussi les communautés et les paysages auxquels les populations locales sont profondément attachées qui deviennent beaucoup plus difficiles à protéger.
Le véritable enjeu du tourisme durable est donc de trouver un équilibre entre trois impératifs indissociables : la nature, les populations et l’économie locale.
Reconnaissons enfin que le tourisme durable ne repose pas uniquement sur la réduction de notre empreinte environnementale.
Il repose aussi sur la création d’une industrie touristique économiquement pérenne, capable de faire prospérer ensemble la nature, les communautés locales et les entreprises.
C’est à cette condition que le tourisme pourra véritablement être rester durable dans le temps.
Mais nous pouvons aussi nous poser la question : qu’est-ce que l’Europe fait de mieux dans ce domaine…
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